La salle de bal – Anna Hope

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Auteur : Anna Hope

Traduit de l'anglais par Élodie Leplat

Genre : Roman étranger

Nombre de pages : 400

Éditions Gallimard (17 août 2017)

 

 

Hiver 1911, asile d’aliénés de Sharston – Yorkshire. 

Après avoir volontairement cassé une vitre dans la filature dans laquelle elle travaillait, rien que pour voir le jour, Ella est internée de force. John, un irlandais au lourd passé, est un pensionnaire aux travaux forcés. 

Dans cette institution, les unités des hommes et des femmes ne communiquent pas. Ils ne se voient pas, à l’exception du vendredi soir qui les trouvent réunis dans la somptueuse salle de bal. Chaque semaine, le temps d’un soir, les pensionnaires valsent au rythme des morceaux joués par l’orchestre dirigé par Charles Fuller, docteur et musicien.
Ella et John se rencontrent à cette occasion. 

Le docteur Fuller observe ses pensionnaires, initialement convaincu des bénéfices de la musique et de la ségrégation. Puis, influencé par l’enthousiasme du ministre de l’Intérieur Churchill en personne, il devient l’un des plus fervents défenseurs de l’eugénisme et se prend de passion pour le projet de loi sur le Contrôle des faibles d’esprit.
Ce qui pourrait avoir de fâcheuses répercussions sur Ella et John…

Je remercie mon mari et mes enfants pour ce joli cadeau d’anniversaire. Roman, à la couverture divine, que je me réjouissais de lire après avoir beaucoup aimé son premier, Le chagrin des vivants

 

Soit x l’état d’esprit des patients le vendredi soir.

Soit y le plaisir qu’ils ressentent dans la musique, la danse et l’échappatoire à la routine monotone. 

Soit z le bien combiné d’un bal hebdomadaire. 

Au début du siècle dernier, de nombreuses expériences sont tentées, souvent sans scrupules, sur les patients en asiles. 
Le docteur Charles Fuller aurait aimé qu’il existe une sorte de formule – d’équation mathématique – adaptée à sa démonstration (citée ci-dessus) et capable de prouver la valeur de son affirmation.
Car, si les conditions de vie des hommes et des femmes de l’asile de Sharston ne sont pas idéales, elles n’en sont pas moins correctes et le docteur, musicien aguerri, est convaincu qu’il peut les faire aller mieux en rendant leur quotidien plus agréable. 

Ce qu’il sait faire ? Jouer de la musique. Ce qui est à sa disposition ? Une splendide salle de bal de quarante-cinq mètres de long sur quinze de large, située au milieu de l’asile. Immédiatement, il décide d’y organiser des bals.  

De beaux vitraux étaient encastrés dans les seize hautes fenêtres cintrées. Des oiseaux et des mûriers peints dessus. La lumière estivale inondait le parquet souple de la piste de danse. Au-dessus, une galerie en arcades se déployait sur toute la longueur de la pièce ; le plafond, légèrement incurvé, était composé de caissons d’or.

– Et tout ça, pour les patients ?

– Pour les patients, monsieur, oui. 

La voix de l’homme résonnait de fierté. 

Charles était sidéré. C’était à peine croyable. 

 

Anna Hope est très douée, elle a réussi à m’intéresser à un pan de l’Histoire que je ne connaissais pas. 

Roman choral alternant les visions d’Ella, de John et de Charles, La salle de bal est avant tout une histoire d’amour impossible entre deux être fragiles qui n’étaient pas faits pour se rencontrer. Lui travaille à l’extérieur, elle est cloitrée à l’intérieur, et, habitués à la routine de l’institution, ils ne croient plus ni l’un ni l’autre en l’avenir. Si Ella a toujours l’utopie de s’échapper un jour, John est quant à lui résigné et tous deux en viennent à penser qu’ils pourraient se contenter, pour un temps, de leur vie entre ces murs. 

Mais l’homme est influençable, c’est bien connu, et malgré toute sa bonne volonté, le docteur Fuller va changer d’opinion sur sa méthode qu’il jugera définitivement trop faible au regard des idées nouvelles apportées par Churchill. Et c’est l’équilibre tout entier de l’asile qui en est bouleversé. 

Sous couvert d’une belle histoire d’amour racontée avec une plume délicate, Anna Hope signe ici un subtile deuxième roman d’excellente qualité !

 

Présentation du roman aux Éditions Gallimard

Retrouvez ma chronique de Le Chagrin des vivants

 

A propos de l’auteur :
Anna Hope est une actrice et écrivaine née en 1974 à Manchester (Royaume-Uni). Elle étudie à la Royal Academy of Dramatic Art à Londres, au Wadham College de l'Université d'Oxford, et est titulaire d'un MA en écriture créative de Birkbeck College à Londres en 2001. Elle est apparue dans plusieurs séries télévisée notamment Doctor Who (2006-2007), Coronation Street (2011-2012) et Meurtres en sommeil (Waking the Dead, 2011).
Le Chagrin des vivants (Wake, 2014) est son premier roman, suivi de La Salle de bal (The Ballroom, 2017).

4 Comments
  • corinne monin
    février 1, 2018

    Je viens de me le procurer aujourd’hui. Je me lance dans cette histoire qui doit être dure et émouvante à la fois.

    • carobookine
      février 2, 2018

      Exactement, un autre temps, d’autres modes de vies, mais tellement d’émotion ! Bonne lecture

  • Marine Le Puy des Livres
    janvier 26, 2018

    Il me tente depuis sa sortie mais j'ai un peu peur de passer à côté de cette lecture. Je pense attendre encore un peu pour le lire.

    • carobookine
      janvier 30, 2018

      Elle nécessite d’être au top parce que c’est un beau pavé, écrit tout petit, mais vraiment, elle vaut le coup !

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