Les Silencieuses – Anna McPartlin
Roman étrangerAutrice : Anna McPartlin
Traduit par : Valérie Le Plouhinec
Genre : Roman étranger
Nombre de pages : 406
Éditions Le Cherche Midi (16 avril 2026)
Une enquête dans l’Irlande des années 80
Direction le comté de Kerry, en Irlande, en janvier 1980. Sur une plage surnommée « le berceau », le corps d’un nouveau-né est retrouvé, emmitouflé dans une serviette bleue. Mary Shea, garda de la police locale, est appelée sur place. Très vite, tous les regards se tournent vers Joyce, une jeune femme soupçonnée d’avoir accouché seule avant de tuer son propre enfant.
L’équipe d’enquêteurs venue de Dublin semble convaincue d’avoir trouvé la coupable idéale. Mais Mary doute. Certains détails la dérangent, certaines réactions l’interpellent. Alors elle va continuer à chercher, quitte à se heurter aux conclusions rapides de l’inspecteur Matt Foley, un homme qu’elle respecte… mais pas aveuglément.
Avec Les Silencieuses, publié chez Le Cherche Midi, Anna McPartlin nous embarque dans un roman à la fois policier, social et profondément humain.
Une Irlande rude, balayée par le vent et les non-dits
Ce que j’ai aimé immédiatement dans ce livre, c’est son atmosphère.
On visualise les paysages irlandais, le vent qui bouscule tout, les pubs, les maisons isolées, les regards qui jugent et les silences qui étouffent. Replonger dans l’Irlande des années 80 n’a rien d’anodin : Anna McPartlin nous rappelle à quel point cette société était dure pour les femmes.
Ici, beaucoup de femmes se taisent. Parce qu’on leur a appris à tenir bon, à supporter, à servir les hommes avant elles-mêmes. Certaines encaissent les humiliations, les violences ou les injustices sans jamais rien dire.
Et puis il y a cette sensation d’un autre monde : pas de portable, pas d’internet, très peu de moyens pour enquêter. On se demande sincèrement comment certaines affaires pouvaient être résolues à l’époque…
Mary Shea, une héroïne comme je les aime
Mary Shea est clairement le personnage qui porte le roman.
Unique femme garda dans cette petite ville, elle dérange autant qu’elle impressionne. Son statut ne plaît pas à tout le monde, y compris dans sa propre famille puisque son père, haut gradé dans la police, ne voit pas forcément sa carrière d’un très bon œil.
Mais Mary s’en moque. Elle aime son métier et elle le fait avec instinct, intelligence et humanité.
Surtout, elle ose.
Oser dire non à un médecin qui manque de respect à une patiente.
Oser défendre un ami raillé pour sa sexualité.
Oser tenir tête à sa hiérarchie quand elle estime qu’on va trop vite.
Ce n’est pas toujours spectaculaire, mais c’est justement ce qui rend le personnage si fort. Mary avance, parfois discrètement, parfois maladroitement, mais toujours avec courage.
J’ai aussi beaucoup aimé les liens qu’elle tisse avec d’autres femmes, cette capacité qu’elle a d’écouter et de faire parler, notamment cette amitié inattendue avec une autre femme un peu seule elle aussi. Dans un roman où les hommes occupent beaucoup d’espace, ces solidarités féminines font du bien.
Une enquête, mais surtout une quête de vérité
Au-delà de l’affaire du nourrisson retrouvé sur la plage, Les Silencieuses parle surtout de vérité, de dignité et de mémoire.
Mary a fait une promesse à Crónán (le bébé retrouvé mort) : retrouver qui étaient ses parents et comprendre comment il en est arrivé là. Et tant qu’elle n’aura pas obtenu de réponses, elle continuera à chercher. Même si cela signifie sortir du cadre ou désobéir un peu.
C’est ce qui rend le roman particulièrement touchant : derrière l’enquête policière, il y a des êtres humains cabossés, des vies silencieuses et des blessures anciennes.
Parce que Les Silencieuses parle d’une époque où être une femme dans un métier d’hommes relevait presque du combat quotidien. Et même si les choses ont évolué aujourd’hui, ce livre rappelle que certains silences ont mis longtemps à être brisés.
Un roman puissant, humain et engagé, à mettre entre les mains des femmes… mais pas seulement. Parce que ces histoires-là méritent aussi d’être lues par les hommes.
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