Les Enfants endormis – Anthony Passeron

Auteur : Anthony Passeron

Lu par : Loïc Corbery

Durée : 2 h et 14 min

Éditions Audiolib (24/08/2023)

Au début des années 80, un couple de l’arrière-pays niçois, Emile et Louise, a deux garçons : Désiré et son frère. Le cadet ayant arrêté l’école pour reprendre la boucherie de son père, l’aîné fait des études. Mais Désiré est un bon vivant, il est joyeux, fantasque et il aime l’aventure. Un jour, il ne va pas travailler dans l’étude notariale qui l’emploie. Il est parti à Amsterdam. Où son frère cadet sera envoyé par sa mère pour le ramener à Nice. Mais Désiré ne rentre pas seul, il a découvert l’héroïne. 

Dans le monde, les premiers cas de patients séropositifs sont détectés. 

Merci aux Éditions Audiolib pour la lecture

Magnifique hommage rendu par l’auteur à sa famille et aux 36 millions de victimes du SIDA de par le monde ! Ce livre est factuel, bien écrit et terriblement captivant. En audio, il propose une expérience encore plus immersive : la voix du comédien nous plongeant dans un univers dont il est difficile de sortir. J’ai dévoré ce roman, il m’était impossible de m’arrêter. 

Une simple histoire de famille

Ainsi, l’auteur revient sur les traces de son passé et de celles de sa famille qui a beaucoup souffert et dans laquelle le silence a tu de grands malheurs. 

C’est l’histoire de son oncle, Désiré, qu’il a peu connu mais qui l’a beaucoup marqué. Un oncle qui avait le goût de vivre, qui rêvait de grands souffles de liberté et qui, alors qu’il n’avait pas connu 1968, avait décidé de s’amuser autant qu’il le pouvait. Cette déconnexion de la réalité, Désiré la trouvera dans l’héroïne. Et dans son entourage, même si ses parents ne veulent pas y croire, ils doivent bien reconnaitre que leur fils ainé dont ils étaient si fiers n’est plus lui-même et agit bizarrement. Lorsque l’argent vient à manquer dans les caisses de la boucherie, ils doivent faire face à la réalité. Et, seconde désillusion : apprendre la contamination de leur fils par le SIDA. 

Toute la famille se retrouve face à un cruel dilemme : comment aider Désiré à décrocher de l’héroïne tandis qu’il n’existe au début des années 80 aucun remède à la maladie, le sachant ainsi condamné ? 

Faire face au VIH

En parallèle, l’auteur retrace les premiers cas de victimes du SIDA, les recherches des professeurs en médecine, en France mais aussi à l’étranger, et notamment aux USA. On découvre les premiers symptômes, l’incompréhension des médecins compétents, les souffrances des malades, et la ténacité de certains chercheurs pour analyser, comprendre, et faire leur travail de médecin : soigner.

Même si très vite la sphère médicale se rend compte qu’elle est démunie face à ce rétro-virus d’une violence inouie. Non seulement les médecins n’obtiennent que rarement des résultats concluants qui leur permettraient d’enrayer l’évolution de la maladie, mais en plus ils doivent faire face aux préjugés, aux non-dits et à la peur que suscitent les malades du SIDA. Avec le cliché que c’est une maladie qui ne touche que les homosexuels et les drogués. Ces personnes devenant des pestiférées au sein même de notre société.  

La confusion des sentiments

En alternant les avancées scientifiques sur le SIDA et les pans de l’histoire de sa famille au travers de l’évolution de la maladie de son oncle, l’auteur a réussi à trouver le bon équilibre pour captiver ses lecteurs. Même si Désiré a le mauvais rôle, il est très attachant. Même s’il est incontrôlable, il est touchant. Et même s’il est condamné, on a envie de l’aider, de l’accompagner et de le choyer. Et quand il devient père d’une petite Emilie, notre coeur est transpercé par l’annonce de sa séropositivité…

Génération SIDA

Je suis née en 1979. Faites le calcul, j’étais adolescente dans les années 90, j’ai été traumatisée par le SIDA. A l’époque, ma connaissance sur le sujet était floue. Je savais qu’aucune relation sexuelle ne devait avoir lieu sans préservatif. Et même avec cette protection, on n’était pas sereins. Je fais partie de cette génération où, avant d’avoir des relations sans préservatifs, on se faisait tester pour « être sûrs » de pouvoir faire confiance à son partenaire. 

Lire Les enfants endormis m’a replongée dans cette époque, mais ce livre m’a ouvert les yeux sur les prouesses de la médecine. Le monde évolue grâce à des personnes investies qui ne lâchent rien et qui, quoi qu’il arrive, cherchent, testent, analysent et parcourent le monde pour faire avancer la recherche. Je suis admirative de ces professeurs… Et je les remercie, car c’est grâce à leur ténacité et à la mise en commun de leurs compétences qu’aujourd’hui mes enfants ne vivent pas dans la peur d’attraper le SIDA (même si cela ne doit pas les empêcher de savoir qu’il existe et qu’il faut continuer à se protéger car il y a d’autres maladies sexuellement transmissibles).

Je remercie aussi l’auteur, Anthony Passeron, car son livre est formidable. Comme je le disais en introduction, il m’a captivée, alternant avec justesse les références scientifiques et les frasques de sa famille. J’ai été très émue et il n’y a rien que je ne souhaite plus quand j’ouvre un livre. MERCI !

Présentation du roman aux Éditions Audiolib

A propos de l’auteur : Anthony Passeron est né à Nice en 1983. Il enseigne les lettres et l’histoire-géographie dans un lycée professionnel. Les Enfants endormis est son premier roman.

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