Un conte de fées – Karine Reysset
Coup de coeur . Littérature françaiseAutrice : Karine Reysset
Genre : Littérature française
Nombre de pages : 320
Éditions Flammarion (4 mars 2025)
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Merci aux éditions Flammarion cette lecture en avant-première.
Je ne suis pas une princesse. Et pourtant, petite, je rêvais de contes de fées. Comme beaucoup d’enfants, je pensais aux rencontres magiques, aux fins heureuses (et aux nombreux enfants). Mais qu’est-ce que c’est finalement un conte de fées ?
Un conte de fées est un récit merveilleux dans lequel interviennent des éléments magiques et où l’héroïne ou le héros traverse des épreuves avant d’atteindre, le plus souvent, une forme de bonheur. Derrière l’apparente douceur du merveilleux, ces histoires parlent souvent d’initiation, de danger, de transformation et de passage à l’âge adulte.
Dans Un conte de fées, le nouveau roman de Karine Reysset, la promesse du conte existe… mais elle se fissure très vite.
Aurore, une héroïne loin des contes
Nous faisons la connaissance d’Aurore, une jeune femme marquée par un passé douloureux : elle a perdu ses parents et s’est peu à peu éloignée de son frère et de sa sœur. Lors de ses études, elle tombe follement amoureuse du Professeur. Cet homme extraordinaire qu’elle admire, lui semble d’abord bienveillant. Il la prend sous son aile, la protège, la guide. Il l’aime aussi.
Puis, presque sans qu’elle ait le temps de comprendre ce qui lui arrive, tout s’enchaîne. Aurore grandit trop vite. Elle se retrouve bientôt isolée dans une maison perdue au milieu de nulle part, avec un premier enfant, puis un deuxième, et un troisième. Sa vie n’a rien d’un conte de fées.
Je précise que le roman se déroule avant #MeToo, avant qu’on parle d’amours toxiques, d’histoires d’emprise, et surtout avant que les victimes aient réellement le sentiment d’être entendues et crues.
L’emprise dans une prison dorée
J’ai déjà lu des romans sur des relations toxiques. Pourtant, celui-ci possède quelque chose de différent. Karine Reysset raconte cette histoire avec une grande justesse. L’écriture est précise, maîtrisée, jamais excessive. Elle ne cherche ni à en faire trop, ni à adoucir la réalité. L’atmosphère est parfois lourde, mais au service de l’intrigue.
Le récit est porté par la voix d’Aurore. C’est elle qui raconte ce qui lui est arrivé. Ses pensées traversent le texte (parfois en italique), et c’est sans doute ce qui donne au roman cette impression de sincérité et d’authenticité. On ressent profondément ses doutes, ses peurs et toutes ses hésitations.
Ce qui frappe aussi, c’est la rapidité avec laquelle la situation bascule. Aurore comprend peu à peu qu’elle est prise au piège. Mais entre-temps, elle a eu trois enfants avec cet homme. Alors lorsqu’elle réalise sa peine, sa douleur, sa souffrance, et surtout lorsque germe en elle l’idée que ce qu’elle vit n’est pas normal, il est terriblement difficile de tenter de fuir. Car elle ne doit pas seulement se sauver elle-même. Elle doit protéger ses enfants. Ce sont eux qui la font tenir. Et ce sont aussi eux qui la retiennent dans cette prison dorée, où, selon Lui, rien ne manque.
Un roman d’une grande délicatesse
Avec Un conte de fées, Karine Reysset livre un roman d’une justesse remarquable. Elle aborde un sujet difficile avec une délicatesse rare, notamment dans la manière dont elle accompagne son héroïne. On sent aussi une grande douceur dans le regard porté sur Aurore, dans sa reconstruction possible, dans cette lumière qui apparaît là où l’on ne pensait plus la trouver.
Une fois de plus, je suis conquise par la capacité de l’autrice à s’emparer d’un sujet complexe, à le décortiquer avec finesse, et à nous offrir une histoire qui touche, qui bouleverse et qui émeut profondément.
Un conte de fées est un roman puissant, sensible et nécessaire, qui rappelle que derrière certains contes de fées se cachent parfois des histoires qu’il faut apprendre à entendre.
Présentation du roman aux Éditions Flammarion
A propos de l’autrice : Karine Reysset est l’autrice de plusieurs romans, parmi lesquels La Fille sur la photo et Dans la maison d’été. Son roman Comme une mère a été adapté en téléfilm en 2011 sous le titre La Fille de l’autre. Elle est par ailleurs très active au sein de l’association 125 et après qui lutte contre les violences conjugales et intrafamiliales.
Merci infiniment pour cette belle chronique !
Merci à vous, Karine, je me suis beaucoup attachée à Aurore, j’ai cru en elle jusqu’au bout.